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Entreprise de travaux forestiers EBHB : témoignages sur l’apprentissage

Geoffray Collombo, chef d’entreprise et maître d’apprentissage
Entreprise EBHB


On m’a donné ma chance alors c’est à mon tour de leur donner cette chance et de les former.

S’ils ont fait un bon apprentissage, ils n’ont pas de mal à être embauchés.

 

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise ?
J’ai créé mon entreprise avec mon associé Eric Dasini en 2001 après avoir eu mon CAPA et avoir été salarié pendant un an. Elle compte aujourd’hui 18 salariés et un apprenti, Tristan. Nous réalisons des chantiers d’abattage, d’élagage et d’entretien sous les lignes ERDF ou RTE dans la Loire, la Saône-et-Loire, la Drôme, la Savoie et la Haute-Savoie. Les salariés ont en moyenne 28 ans. Il faut savoir que c’est un métier très physique et, arrivé à un certain âge, il devient difficile de garder la même forme physique. Il faut donc souvent penser à une reconversion.

 

Quelles raisons vous motivent à prendre un jeune en alternance ?
C’est vraiment l’envie de transmettre des connaissances et des savoir-faire, de former les jeunes. Étant jeune, j’ai pu apprendre et être formé sur le terrain. On m’a donné ma chance alors c’est à mon tour de leur donner cette chance et de les former. Je ne fais pas vraiment de démarches pour chercher des jeunes en alternance mais s’ils se présentent, s’ils sont motivés et montrent un réel intérêt pour le métier, alors je les prends et nous signons directement le contrat d’apprentissage. Je n’attends pas des jeunes qu’ils aient une grande expérience dans le domaine : j’ai déjà pris des jeunes qui n’avaient jamais travaillé sur le terrain et s’ils sont réellement motivés, ils apprennent vite. Le plus difficile c’est de passer le cap des deux premiers mois. Le corps est très sollicité, c’est difficile physiquement, mais je les préviens dès le départ qu’il faut tenir le coup.

Y a-t-il des difficultés à prendre un jeune en alternance ?
Il y a tout de même quelques difficultés et inconvénients. Au niveau de l’emploi du temps, il y a peu de souplesse sur les périodes de cours et de stage. On sait quand le jeune est dans son établissement mais ça reste compliqué d’anticiper pour savoir sur quel chantier il pourra être présent. De plus, il faut lui verser un salaire bien qu’il n’ait pas beaucoup d’expérience et ne puisse donc pas tout faire. Mais malgré cela, j’aime prendre des jeunes en alternance car l’envie de les former reste ma première motivation.

Quelles sont les tâches confiées au jeune apprenti et comment est-il encadré ?
L’apprenti n’est pas habilité à réaliser tous les travaux. Il peut faire de l’abattage et de l’entretien sous les lignes ERDF et RTE. En revanche, il ne peut pas réaliser d’élagage car il faut une formation spécifique pour cela. En fonction de son évolution, de son apprentissage, ses tâches peuvent évoluer. Il faut également qu’il se sente à l’aise. Pour l’accompagner dans son apprentissage, il est encadré sur les chantiers par moi-même, son maître d’apprentissage ou par un chef d’équipe qui a déjà une bonne expérience en forêt.

Quelles sont vos relations avec le CEFA de Montélimar ?
Les professeurs du CEFA qui encadrent Tristan sont des professeurs que j’ai également eu pendant ma formation là-bas. Je les connais donc déjà et je me suis toujours bien entendu avec eux. Nous sommes en relation grâce au carnet de suivi où sont notés les objectifs fixés à Tristan, sa progression, les travaux qu’il réalise et les thèmes qu’il aborde en cours. Les professeurs peuvent également venir voir Tristan sur les chantiers. S’il y a un souci avec Tristan, je les appelle directement.

Comment se passe l’insertion professionnelle des jeunes après la formation ?
Après la formation, environ 90 % partent dans le secteur forestier. Ils sont presque sûrs de trouver du travail : s’ils ont fait un bon apprentissage, ils n’ont pas de mal à être embauchés. Si un jeune veut partir travailler dans une autre entreprise, je n’hésite d’ailleurs pas à appeler pour le recommander s’il le mérite, s’il est motivé et travaille rigoureusement. J’embauche certains jeunes qui veulent rester après leur formation. J’ai déjà embauché trois apprentis que j’ai eu, Fabien, Jean et Juan-Manuel. Il est d’ailleurs envisageable que j’embauche Tristan s’il veut rester. Quand j’embauche un jeune, il est payé un peu au-dessus du SMIC.

Tristan Lefort – Apprenti bac pro Forêt - CEFA Montélimar (26)


Une fois qu’on a connu le monde professionnel, on a envie d’y rester !

Chaque chantier est différent, c’est très varié donc j’apprends chaque jour.

J’aimerais créer mon entreprise, mais je sais que ça reste difficile.

 

Comment t’est venue l’idée de faire cette formation forestière ?
J’aime la nature, la chasse et la pêche depuis toujours. Je me baladais beaucoup en forêt alors je m’y suis vite intéressé même si je ne viens pas du tout d’un milieu familial tourné vers cette filière. J’ai fait une 4ème et une 3ème de l’enseignement agricole au CEFA de Montélimar, c’est un centre qui n’est pas loin de chez moi. J’ai cherché sur internet et j’ai trouvé cet établissement qui était un des plus réputés alors je n’ai pas hésité. J’ai pu faire des stages à l’ONF (Office national des forêts). Ça m’a beaucoup plu et j’ai su que j’étais vraiment intéressé par la filière forestière. Après, j’ai fait un CAPA, toujours au CEFA de Montélimar, dans le milieu forestier. J’avais une semaine de stage par mois que j’ai fait dans le bûcheronnage. J’ai voulu continuer les études après mon CAPA et comme j’avais de bonnes notes, j’ai pu passer directement en 1ère bac pro Forêt, au CEFA.

Comment se passe le rythme de ta formation, entre les cours et l’apprentissage en entreprise ?
Le retour en classe n’est pas facile après avoir passé entre 15 jours et un mois dans l’entreprise. On est 14 élèves dans ma classe de Bac pro dont seulement 2 apprentis. On est mélangé et quand je suis en entreprise pendant deux semaines, les autres ne le sont qu’une semaine. C’est vrai qu’il faut que je travaille rigoureusement et davantage pour suivre correctement ma formation. Mais quand on est très motivé, c’est plus facile. Ce qui est avantageux, c’est que je suis en internat quand je suis en cours. Comme je n’habite pas à côté, ça me permet de ne pas perdre de temps après les cours pour travailler et réviser. Quand je suis en stage, il arrive que les chantiers soient loin et dans ce cas, on dort à l’hôtel en demi-pension. Il arrive même qu’on parte une semaine entière sur un chantier. J’ai également 5 semaines de congés payés en août.

Comment se passent les cours au CEFA ?
On a des cours classiques, de français ou de maths, et également des travaux pratiques sur le terrain une fois par semaine. Il y a deux lieux pour ces travaux pratiques et beaucoup de matériel : un tracteur forestier, un tracteur agricole, au moins 80 tronçonneuses… On est bien équipé et c’est vrai que ça permet d’apprendre, de maîtriser de multiples techniques et d’avoir une vision assez large des travaux que l’on peut faire dans le secteur forestier. Cela permet de compléter ce que l’on voit en stage étant donné que chaque entreprise a ses propres techniques de travail et est spécialisée dans certains types de travaux. J’ai également des CCF (contrôle en cours de formation) pendant l’année et un rapport de stage à faire pour la fin de l’année. On doit présenter 14 fiches d’activités différentes qu’on a réalisées pendant le stage.

Comment s’est passée ton arrivée dans l’entreprise ?
Je connaissais déjà un salarié qui était un ancien élève du CEFA et un chef d’équipe. Je me suis intégré très vite. Dès le premier jour de ma formation j’ai passé une habilitation électrique HOV pour travailler dans l’entreprise. Tous les salariés et apprentis doivent la passer. Je me suis tout de suite plu dans le stage. J’étais dans la nature : tout ce que j’aime ! De plus, chaque chantier est différent, c’est très varié donc j’apprends chaque jour.

Quel est ton salaire ?
Je gagne 45 % du SMIC et je gagnerai 49 % du SMIC en 2ème année.

Est-ce que tu as du temps pour tes activités personnelles ?
Oui bien sûr, je me réserve du temps pour aller chasser et pêcher, ainsi que me balader dans la nature. Je fais aussi deux entraînements de rugby par semaine. Une bonne organisation dans sa formation permet d’avoir du temps pour soi.

Qu’envisages-tu après ta formation ?
Après mon Bac pro, je voudrais faire une formation en élagage avant de me lancer dans la vie professionnelle. Je ne peux pas faire d’élagage aujourd’hui, il faut une formation spécifique, c’est indispensable. À terme, j’aimerais créer mon entreprise, mais je sais que ça reste difficile. Du coup, je voudrais d’abord débuter par le salariat et je verrai plus tard pour créer mon entreprise.

Jean et Fabien - Salariés de l’entreprise

Venant d’un bac S, on ne connaissait pas le secteur forestier, mais finalement, on a trouvé notre voie.

 

On a eu tous les deux un parcours assez original. On sort d’un bac général scientifique et on ne savait pas ce qu’on voulait faire après. On ne voulait pas faire de longues études alors on a fait des recherches sur tous les BTS qui existaient. On a tous les deux été intéressés par le BTSA gestion forestière en apprentissage. C’était un risque que cela ne nous plaise pas. Venant d’un bac S, on ne connaissait rien du secteur forestier, mais finalement, on a trouvé notre voie. L’alternance s’est très bien passée, même si le retour en cours n’est pas toujours facile. On a eu de la chance d’être embauchés en alternance par Geoffray. C’est aussi un réel défi pour un patron d’entreprise de prendre des jeunes qui n’ont pas du tout d’expérience dans le secteur et qui n’ont pris cette voie qu’après le bac : on n’était même pas sûr que cela nous plaise vraiment. Aujourd’hui on est salariés de l’entreprise de Geoffray. On a dû bien travailler ! On a eu un parcours peu commun mais on est vraiment heureux d’avoir choisi cette voie professionnelle.