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Formation BP Responsable d’exploitation agricole

Marie-Christine Patouillard - Responsable des formations BP REA au CFPPA Le Valentin (26)

"Le BP REA reste une formation très individualisée : les stagiaires peuvent choisir les modules qui les intéressent.

C’est un public vraiment très hétérogène et riche. Cela peut être un réel ’’choc des cultures".

Les stagiaires sont prêts à apprendre, ils sont très motivés, ils savent pourquoi ils sont là."

 

Pouvez-vous nous parler de votre formation et de votre parcours?
J’ai fait des études d’ingénieur agricole, je me suis ensuite dirigée vers l’enseignement et la formation dans différents lycées agricoles puis en maison familiale rurale. J’ai été responsable du BTS ESF (économie sociale familiale) et du bac pro SMR (services en milieu rural) en MFR pendant 20 ans. Depuis 3 ans et demi, je suis au CFPPA du Valentin. D’abord intervenante vacataire, je suis maintenant responsable du BP REA. Je donne également des cours de mathématiques dans les filières agricole et agro-alimentaire, en formation adulte : CAP IAA, BP IAA et BP REA, et en apprentissage : Bac pro Bio-industries de transformation et BTSA.

Quel type de public avez-vous dans le BP REA ?

Le BP REA est un diplôme de niveau Bac qui permet de s’installer en tant que chef d’exploitation agricole. Le public qui vient se former ici est vraiment très hétérogène. Les stagiaires ont entre 18 et 60 ans, moitié femmes, moitié hommes. Ils viennent d’horizons très différents, de domaines socio-professionnels variés tels que le commerce, l’industrie, le tourisme... Leurs niveaux d’études sont très hétérogènes, certains n’ont pas de diplôme quand d’autres sont titulaires d’un master. Ils ont tous un projet d’installation assez précis, ils n’ont pas forcément la même vision de l’agriculture. Cela peut être un réel "choc des cultures". Nous accueillons aussi des personnes qui viennent suivre un module pour acquérir uniquement des compétences techniques, par exemple en maraîchage.

Comment le centre recrute-t-il les stagiaires ?

Dès le mois d’avril, nous organisons une réunion d’information collective par mois. Lors de ces journées, nous informons sur le BP REA et nous faisons passer des tests de niveau pour les candidats qui n’ont pas le bac. Ces tests portent sur les mathématiques, l’expression et l’informatique ce qui nous permet d’adapter ensuite le parcours au niveau de chacun. Nous organisons également des entretiens individuels pour bien cerner la motivation des candidats, qu’ils nous précisent leur projet d’installation. Il est préférable qu’ils aient déjà travaillé dans le milieu agricole avant de se lancer dans ce projet qui est un véritable projet de vie. Pour ceux qui n’ont pas encore approché le milieu agricole, ils ont la possibilité de bénéficier d’une EMT (Evaluation en milieu de travail) avant l’entrée en formation afin de confirmer leur choix.

Comment la formation est-elle financée ?
La Région Rhône-Alpes finance la formation des demandeurs d’emploi.
Pour les personnes en congé individuel de formation, ce sont les fonds d’assurance formation qui financent.
Dans d’autres situations, ce sont les stagiaires qui financent eux-mêmes leur formation.
Comment le BP REA est-il organisé ?
Les groupes de formation sont constitués d’environ 25 personnes, mais tout le monde ne suit pas le cursus complet. La formation, organisée en modules, est largement individualisée, en fonction des diplômes, des compétences et du projet professionnel des candidats. Les modules dits professionnels sont communs à tous, d’autres, plutôt techniques, sont spécifiques et adaptés au projet d’installation. Les évaluations se déroulent toujours en fin de module, tout au long de l’année.
La rentrée d’une promotion s’effectue en trois vagues.
La première, mi-septembre, concerne les personnes qui ne possèdent pas de diplôme de niveau IV. Pendant les 4 premières semaines, elles vont suivre les modules généraux : expression, mathématiques et informatique. Leur formation dure 9 mois dont 6 semaines de stage.
La deuxième vague, mi-octobre, concerne les personnes ayant au moins un diplôme de niveau bac mais pas de diplôme de niveau bac+2. Elles abordent deux modules généraux tels que la biologie-écologie et la connaissance de la PAC. Leur formation dure 8 mois.
La troisième vague rentre fin octobre, elle est composée de personnes ayant un diplôme supérieur au niveau bac+2. Le groupe entier est alors constitué et aborde les modules professionnels et techniques.

Comment se déroule la formation, avec des publics aussi différents ?
Ils sont tous très bienveillants entre eux, ils s’entraident. Un "parrainage" s’organise spontanément entre les plus mûrs et les plus jeunes, les plus diplômés et les plus en difficulté. Tout le monde est bien intégré malgré les différences de niveaux, d’histoires, de parcours, de projets.

Comment la formation est-elle adaptée pour des adultes qui ne sont pas toujours très mobiles ?
La formation est vraiment adaptée à chacun. Certains stagiaires souhaitent se spécialiser dans un domaine qui n’est pas proposé au Valentin. Par exemple, certains ont des projets d’installation en apiculture ou en transformation du lait. Ils peuvent tout de même suivre les modules communs ici, pour des raisons géographiques notamment, et suivre la formation spécifique à leur projet, à distance, via des plateformes informatiques de formation. De ce fait, nous travaillons en lien avec d’autres centres comme Le Pradel, près d’Aubenas, ou La Côte St André qui proposent des formations complémentaires aux nôtres. Les stagiaires s’y rendent seulement 2 ou 3 semaines pour des regroupements. En complément, il peut aussi y avoir des conventions avec des exploitations qui s’engagent à former techniquement le stagiaire, en plus des 6 semaines de stage. Etre sur le terrain, c’est plus vivant !

Comment les stagiaires vivent-ils ce retour "sur les bancs de l’école" ?
Une grande majorité des stagiaires ont quitté les bancs de l’école depuis plusieurs années et le retour n’est pas toujours facile. Rester assis et concentré durant 7 heures peut se révéler compliqué. Voir l’intérêt d’une matière générale dans cette formation professionnelle n’est pas non plus évident. C’est pourquoi une pédagogie active, avec des approches diversifiées, permet de garder l’attention en cours. De plus, les stagiaires peuvent appréhender de retrouver certains modules, comme les mathématiques, et de revivre des moments douloureux. Le formateur doit alors faire preuve de psychologie afin de dédramatiser et utiliser des situations issues du terrain afin de donner du sens aux apprentissages. Heureusement, les stagiaires sont motivés par leur projet d’installation et par son aspect technique, ils savent pourquoi ils sont là, ils sont donc prêts à apprendre. Ce qui ne serait pas possible avec des jeunes devient possible dans le cadre de la formation pour adultes : on peut traiter de comptabilité pendant une journée entière avec de la théorie et de la mise en application concrète. L’échange et le relationnel sont très importants. Avec les adultes, c’est donc une pédagogie particulière : il faut donner du sens à ce que l’on fait, partir du concret, et c’est ce que j’aime.

Qu’est-ce que l’agro-écologie pour vous et comment est-elle abordée dans la formation BP REA ?
L’agro-écologie, c’est une approche globale de l’agriculture. Elle est abordée dans tous les modules techniques, notamment en arboriculture et en maraîchage, sur les thèmes de l’irrigation, de la lutte contre les ravageurs, par exemple. Elle est abordée aussi de manière transversale avec tous les stagiaires, dans le cadre de l’agronomie. On organise des visites d’exploitations sous l’angle "approche globale". Par exemple, une exploitation agricole qui, grâce à un méthaniseur, valorise les déjections de bovins sous forme d’électricité ou de chaleur. Tout cela favorise les échanges entre les stagiaires qui ont des projets différents complémentaires et les incite à développer un réseau. Tout cela est une vraie richesse et contribue à leur ouverture.

Sigles :
CAP IAA : Certificat d’aptitudes professionnelles en industrie agro-alimentaire
BP IAA : Brevet professionnel en industrie agro-alimentaire
BP REA : Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole
BTSA : Brevet de technicien supérieur agricole