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GAEC de la Richardière : témoignages sur l’alternance sous statut scolaire

Benjamin Durand - Agriculteur - GAEC de la Richardière (38) - Maître de stage


Parfois, il y a une différence entre ce que les jeunes apprennent à l’école et les pratiques sur l’exploitation. Il est donc primordial de leur expliquer pourquoi on procède de telle ou telle manière.
C’est vraiment l’envie de lui transmettre un savoir-faire, des connaissances et des valeurs.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de l’installation sur votre exploitation ?
Je n’ai pas toujours été dans le domaine de l’agriculture. Au départ, j’ai fait un BTS Climatisation et chauffage et j’ai travaillé 7 ans à Grenoble dans une entreprise. Puis en 2005, j’ai passé un BP REA à La Côte St André en Isère pour pouvoir m’installer sur l’exploitation de mes parents en GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun). J’y suis installé depuis 2006, en association avec eux. Nous sommes trois et avons un stagiaire, Romain. J’ai également des responsabilités professionnelles. Je fais partie du Conseil d’administration du contrôle latier et du syndicat de la race Montbéliarde. Les jeunes stagiaires peuvent venir avec moi pour certaines réunions, cela leur permet de voir un autre côté du métier. Mes parents vont partir à la retraite mais un ancien stagiaire va venir s’installer avec moi sur l’exploitation en fin d’année : nous ne serons donc plus que deux sur l’exploitation.

Quel type de production avez-vous ?

Sur l’exploitation de 73 hectares, nous avons 85 vaches laitières. Le lait, livré à la laiterie, est la base de l’exploitation. Nous faisons aussi un peu de viande (engraissement de taurillons). Depuis le mois de novembre 2014, nous avons un nouveau cahier des charges puisque notre lait est utilisé pour la fabrication de fromage en IGP St Marcellin (indication géographique protégée). De nouvelles pratiques doivent être mises en place : 50% de la ration alimentaire des vaches doit être en herbe (pâturage, ensilage ou foin) et un chargement maximum fixé à 1,4 UGB*/hectare. Etant donné que nous utilisions déjà beaucoup l’herbe avant, nous n’avons pas ressenti trop de changements. De plus, nous n’avons pas beaucoup recours aux intrants. Nous voulons être plus autonome en aliments, en acheter le moins possible tout en maintenant la production de lait qui est assez élevée.
* UGB : unité gros bovin

Quelles raisons vous motivent à prendre un jeune en stage ?
J’ai vraiment envie de lui apprendre le métier, de lui transmettre un savoir-faire. Il m’apporte une aide sur l’exploitation mais ce n’est pas ce que je recherche en premier en prenant un jeune : c’est vraiment l’envie de lui transmettre des connaissances et des valeurs. Si je vois que le jeune est motivé, qu’il a envie, ça me donne envie en retour de lui apprendre le métier. Ce sont souvent des jeunes qui ont des difficultés à l’école et qui ont donc choisi des études courtes. Quand il viennent ici, ils sont motivés mais pas toujours sûrs que ça leur plaise vraiment pour certains. C’est en quelque sorte une victoire pour moi quand ils trouvent leur voie, se plaisent dans le métier. Avec Romain, stagiaire dans mon exploitation depuis deux ans, ça se passe bien. Il est vraiment très impliqué ! Je connaissais déjà Romain et sa famille avant de le prendre en stage. C’est sûr que c’est plus facile pour les jeunes qui connaissent déjà des agriculteurs pour trouver un stage.

Y-a-t-il certaines tâches que le jeune en stage ne peut pas faire ?
Pour sa sécurité, il n’effectue pas le parage des animaux ou la traite des plus jeunes vaches. Les animaux peuvent avoir des réactions inattendues. Il ne peut également pas toucher aux produits phytosanitaires et aux engrais. Bien sûr, selon sa progression, je peux lui confier davantage de tâches. C’est le "bon sens paysan" ! C’est vrai qu’avec les stagiaires il faut faire très attention. Ils ne doivent pas être confrontés à des tâches ou activités qui représentent un risque pour eux, comme manipuler des machines. Pour nous agriculteurs, ça peut être un risque de prendre des jeunes en stage car on n’est jamais à l’abri d’un accident... et les conséquences peuvent être lourdes.

Quelles sont vos relations avec le centre de formation ?
Nous sommes en contact grâce au cahier de liaison sur lequel on note les tâches et activités que Romain a fait et sa progression. La MFR y indique aussi le thème que l’on doit aborder pendant la période d’alternance. Nous pouvons aussi nous téléphoner en cas de problème, mais tout se passe bien avec Romain. Je suis également impliqué dans le rapport de stage. Nous prenons une demi-journée par semaine pour faire le point sur ce qu’il a fait, sur les aspects techniques notamment. Parfois, il y a une différence entre ce que les jeunes apprennent à l’école et les pratiques sur l’exploitation. En effet, une technique peut ne pas fonctionner sur toutes les exploitations. Il faut s’adapter selon son terrain, le climat, le matériel par exemple. C’est pourquoi c’est primordial, de notre part, de leur expliquer pourquoi on procède de telle ou telle manière.

Quels sont les projets des jeunes que vous avez eu en stage ?
A court terme, les jeunes n’ont pas forcément de projet ou de possibilité d’installation. Certains l’ont à moyen terme mais c’est assez difficile de s’installer. Ils se tournent majoritairement vers le salariat dans un premier temps, ce qui leur permet de se faire une expérience. D’ailleurs, le stagiaire que j’ai eu il y a quelques temps, va s’installer en association avec moi à la fin de l’année.

Que pouvez-vous nous dire du projet agro-écologique lancé en 2012 ?

C’est un grand projet que je soutiens. Dans nos activités, il faut tenir compte de l’environnement dans sa globalité. Je peux dire que je suis déjà un peu engagé dans cette direction, notamment au niveau de l’alimentation de mon troupeau : mon objectif est d’atteindre une certaine autonomie alimentaire, tout en maintenant ma production. De plus, nous réalisons maintenant de l’ensilage d’épis de maïs. Les résidus de plantes restant sur la parcelle font un couvert qui permet de limiter le lessivage et de respecter les règles concernant les zones vulnérables aux nitrates.

Romain Barbier, 18 ans - Elève Bac pro Conduite et gestion de l’exploitation agricole - MFR Bourgoin Mozas (38)


Mes parents m’ont transmis leur passion de l’élevage.
Je suis toujours pressé de retourner en stage. Mais les cours sont d’une grande importance pour acquérir une bonne technique.
Il faut être organisé et il faut anticiper pour ne pas être en retard sur le rapport de stage.

 


Comment t’es venue l’idée de faire cette formation dans cet établissement ?

Mes parents sont agriculteurs, ils ont une exploitation d’élevage à Doissin.
Depuis le plus jeune âge j’ai envie d’être agriculteur. J’aime la nature et être avec les animaux. Mes parents m’ont transmis leur passion de l’élevage : je m’occupe régulièrement de leur exploitation. Je suis en terminale bac pro CGEA (conduite et gestion de l’exploitation agricole) et je m’y plais vraiment beaucoup. Je suis certain d’avoir pris la bonne voie. Je suis resté à la MFR de Bourgoin Jallieu parce que j’y étais en 3ème en alternance et que le bac pro CGEA proposé m’intéressait. Ce n’est également pas très loin de chez moi, je peux rentrer facilement le week end. La semaine, je suis interne à la MFR.

Comment as-tu trouvé ton lieu de stage ?
En seconde pro, j’ai fait un stage dans une exploitation en vaches allaitantes. Ici, chez Benjamin, l’exploitation est spécialisée en vaches laitières et c’est ce qui me plait. Je fais mon stage ici pendant les 2 ans de 1ère et terminale Bac pro. Je connaissais son exploitation qui n’est pas très éloignée de celle de mes parents. Ça n’a pas été compliqué pour trouver un stage. La MFR peut aussi nous aider pour trouver un lieu de stage.

Comment se passe le rythme de ta formation, entre les cours et le stage ?

Chaque mois, je suis à peu près 15 jours en cours et 15 jours en stage dans l’exploitation. Ce n’est vraiment pas facile de retourner en cours. Dans l’exploitation, on est autonome, on a des responsabilités, on se gère... Revenir en cours, c’est retrouver un cadre, des règles et ce n’est pas facile de s’y faire. Je suis toujours pressé de retourner en stage, pour pratiquer : j’aime être en extérieur et m’occuper des animaux. Mais les cours sont d’une grande importance pour acquérir une bonne technique. A chaque fin de session de stage, je prends du temps avec Benjamin pour faire le point sur le déroulement du stage. Il peut vraiment beaucoup m’aider sur les aspects techniques notamment. Ces rapports de fin de session d’alternance peuvent compter dans l’évaluation et le diplôme final.

As-tu ressenti des exigences particulières en débutant ta formation ?
Bien sûr, il faut être très organisé. Comme je suis en terminale, je pense que j’ai assez de recul pour me rendre compte qu’il faut anticiper pour ne pas être en retard sur le rapport de stage ou sur les cours. Il faut aussi réviser pour réussir les contrôles. J’avais plus de mal à m’organiser en seconde, mais j’ai progressé sur ce point. Tous les soirs, j’accorde du temps aux devoirs. Je suis vraiment très motivé, je pense que c’est pour cela que je travaille beaucoup.

Quand tu retournes en cours, y-a-t-il un retour sur ce que chacun voit dans son stage ?
Quand on revient en classe, on échange sur ce qu’on a fait pendant le stage, les techniques, ce qu’on a appris... Il y a un temps dédié à cela en cours. Tous les enseignants sont impliqués dans cet échange. Ce retour leur permet de construire leurs cours. Toutes les exploitations ne se ressemblent pas, l’échange entre nous, c’est la richesse de cette formation : cela permet de voir que toutes les techniques ne sont pas toujours appropriées à toutes les exploitations.

Y-a-t-il des sorties et visites d’exploitations organisées par le centre de formation ?
Oui, on fait beaucoup de sorties. On a fait un stage hors région où on était réparti dans des exploitations pour nous permettre de nous ouvrir sur autre chose, de voir d’autres techniques. Je suis allé 15 jours dans le Doubs en élevage laitier, une exploitation qui fait du Comté. Je n’étais pas trop inquiet parce que mon frère avait déjà fait ce genre de séjours et m’avait dit que c’était vraiment intéressant. Voir autre chose, c’est formateur. A part cela, avec la MFR, on fait beaucoup de visites d’exploitations tout au long de l’année comme celle que l’on vient de faire à Yenne dans un élevage caprin et à la fromagerie.

Gardes-tu du temps pour tes activités personnelles ?
Je ne fais pas vraiment beaucoup d’activités hors du domaine agricole. Le week end je m’occupe de l’exploitation de mes parents. Je fais juste un peu de moto cross avec des copains. La MFR organise aussi beaucoup de sorties culturelles comme le cinéma, le bowling ou le théâtre depuis peu. C’est vrai que ça nous permet de découvrir des activités que l’on ne ferait sûrement pas de nous-mêmes.

Comment se passe l’évaluation pour l’obtention du diplôme ?
Pour valider le diplôme, une partie de l’évaluation se passe en cours de formation (CCF) et une autre partie en examen terminal, dont le rapport de stage qui est vraiment important pour le diplôme. Une épreuve CCF est également évaluée sur le lieu de stage. Comme la moitié de la formation se fait dans l’exploitation, c’est plutôt normal d’être également évalué par rapport à la pratique.

Qu’envisages-tu après ta formation ?

Dans un premier temps, je me verrais bien faire des saisons de battage, éventuellement à l’étranger. Plus tard, je souhaiterais m’installer avec mes parents. Mon frère de 21 ans est déjà installé avec eux. Il faudra sans doute créer un nouvel atelier ou faire évoluer l’exploitation.