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Sophie Queyron - Référente Agro-écologie pour le réseau des MFR

« ll n’y a pas de recette tout faite : il faut s’adapter à son environnement et prendre en compte les possibilités de son exploitation. »

« Il faudra que tous les enseignants soient dans la dynamique de l’agro-écologie : c’est essentiel pour avancer et pour faire changer les façons de penser. Nous espérons que les nouvelles façons d’approcher l’agriculture seront utilisées par nos élèves par la suite. »

« Il est nécessaire d’avoir une démarche collective des MFR. »

 

Pouvez-vous nous parler de votre formation et de votre parcours ?
J’ai d’abord fait un BTS ACSE (analyse et conduite des systèmes d’exploitation), puis une licence GA3P (gestion et accompagnement professionnel et personnel) à Lille. J’ai été installée en tant qu’agricultrice pendant 12 ans, spécialisée dans l’élevage bovin et les volailles (en vente directe). Mais j’ai toujours voulu enseigner, alors depuis 8 ans j’enseigne la gestion. Je suis également responsable du pôle élevage pour les bac pro CGEA et responsable des plannings de la MFR.

Qu’est ce que l’agro-écologie ?
L’agro-écologie, ce sont des pratiques en accord avec des valeurs et l’environnement. L’environnement doit être appréhendé comme un facteur de production, il faut composer avec lui, le prendre en compte. L’agro-écologie c’est avoir une approche globale, c’est un système qui inclut un ensemble de facteurs. Il n’y a pas de recette tout faite : il faut s’adapter à son environnement et prendre en compte les possibilités de son exploitation en choisissant les meilleures pratiques.

Vous êtes référente agro-écologie dans le réseau des MFR. Quel est votre rôle ?
Je suis chargée de créer le lien entre les MFR, de transmettre les informations. Je suis aussi chargée de centraliser toutes les informations concernant les actions, pratiques et avancées de chaque établissement dans le projet agro-écologique.

Pourquoi vous ?
Je pense que le fait d’avoir été installée agricultrice a beaucoup joué. J’ai de l’expérience et une approche du terrain : je pourrai être plus à même de voir quelles actions peuvent fonctionner ou non.

Comment s’est passé votre formation pour être référente agro-écologie?
J’ai suivi 2 semaines de formation organisées au niveau national. Nous avons eu des intervenants scientifiques de haut niveau. C’était vraiment riche et complet. Nous avons pu voir que ce projet est porté très fortement par beaucoup de scientifiques et c’est à notre tour de le mettre en place concrètement.


Comment se passe la mise en place du projet agro-écologique au niveau du réseau des MFR ?
Une première réunion a eu lieu où étaient réunis tous les formateurs et directeurs des MFR qui ont des formations dans le domaine de la production. Une deuxième réunion a suivi avec les MFR du secteur de l’aménagement. Le thème de l’agro-écologie a été abordé et les lignes directrices données. Aujourd’hui, il s’agit de lancer les actions, de trouver des référents pour chaque établissement qui soient des relais pour les informations et qui peuvent impulser la démarche dans leur structure. Nous sommes en train de mettre cela en place.
Les établissements font déjà des choses relevant de pratiques agro-écologiques mais il faut aller plus loin. Comme dans chaque réseau, des fiches-actions sont rédigées par les établissements. Dans le réseau MFR, il s’agit notamment d’intégrer l’alternance dans les actions. Il est nécessaire d’avoir une démarche collective des MFR et la question est aussi de savoir comment greffer les établissements qui dispensent des formations "services" au projet. Ils sont surtout dans une logique de "consommer autrement". Nous y travaillons pour qu’ils soient intégrés pleinement dans le projet.
Nous nous basons sur les "10 clés de l’agro-écologie" et nous essayons de les intégrer dans les différents thèmes de l’alternance. Par exemple, le développement durable de l’apiculture n’est pas encore bien abordé, nous souhaitons développer ce thème.
Nous voulons aussi fédérer les maîtres de stage autour du projet, créer un réel mouvement collectif. Nous devons donc travailler sur ce sujet avec les agriculteurs et c’est un réel défi. Les échanges entre élèves et maîtres de stage sont très riches. Les professionnels apportent des connaissances, des savoir-faire aux jeunes et les échanges que les stagiaires peuvent avoir avec eux sur ce qu’ils voient en cours, notamment l’agro-écologie, peuvent être un point de départ intéressant.

Nous avons une certaine souplesse dans la conduite du projet. Nous avons une ligne directrice mais chaque réseau d’établissements met en place ses propres actions. Ne pas avoir de recette toute prête permet de ne pas avoir de pression, mais ça peut aussi être perturbant parce que nous ne savons pas toujours par où commencer. Le principal est de mettre en place des choses concrètes et réalisables. Des formations nationales pour les formateurs des nos établissements vont se mettre en place petit à petit. Nous aurons aussi des intervenants au niveau régional. De plus, je vais bientôt rencontrer les référents des autres réseaux régionaux MFR pour mutualiser nos pratiques et nos projets.

Et dans votre établissement ?
A la MFR de Bourgoin-Jallieu, je mène le projet accompagnée d’un collègue, aussi très impliqué. Nous travaillons pour faire ressortir davantage les aspects de l’agro-écologie dans tous les thèmes d’études d’alternance sur la période 2015-2016. Des actions sont déjà mises en place comme le voyage d’étude hors région en Camargue pour les classe de seconde en lien avec la biodiversité. Nous travaillons aussi beaucoup sur l’ouverture d’esprit des jeunes qui leur permettra de ne pas avoir peur des idées nouvelles. C’est cette ouverture, qu’ils n’ont pas forcément dans leur milieu familial, qui peut être bénéfique pour mettre en place le nouveau projet agro-écologique. Nous espérons que les nouvelles façons d’approcher l’agriculture seront utilisées par nos élèves par la suite.


Est-ce que toutes les disciplines sont concernées ?
Oui, à terme, il faudra que toutes les disciplines soient concernées, que tous les enseignants soient dans la dynamique de l’agro-écologie : c’est essentiel pour avancer et pour faire changer les façons de penser. En cours de documentation par exemple, les élèves font des recherches sur l’agro-écologie. Chaque matière, technique ou générale, peut se prêter à l’agro-écologie. Les professeurs des matières générales peuvent notamment participer aux visites d’exploitations pour ensuite pouvoir s’appuyer là-dessus pour faire leurs cours. L’agro-écologie doit s’inscrire de manière transversale dans les différents enseignements.

Quelles difficultés rencontrez-vous pour mener ce projet ?

Au niveau des agriculteurs, même s’ils veulent se lancer dans le projet, ils ne sont pas complètement libres, leur activité dépendant aussi des coopératives, semenciers... Il faut donc déverrouiller le système pour que chacun s’implique bien dans le projet. Si le travail de réseau entre tous les acteurs fonctionne bien, alors le projet réussira. Il faut vraiment que tous aillent dans le même sens.
Au niveau des enseignants, nous n’avons pas vraiment de réticence sur le projet. C’est plutôt motivant d’avoir un projet commun qui met tout le monde dans le coup !
Au niveau des jeunes, certains ont des parents agriculteurs qui travaillent en agriculture conventionnelle. Les discours chez eux peuvent être différents d’ici. Mais nous leur expliquons que chaque exploitation est différente : il faut s’adapter selon ses possibilités donc nous n’imposons rien.

Retrouvez l’intégralité du dossier dans la publication : Connaitre l’enseignement agricole.